Les Compétences Sociales

Les feuilles et fruits de l’Arbre

Celui qui veut marcher vite marche seul, mais celui qui veut aller loin marche avec les autres

Les compétences sociales désignent notre capacité à interagir de manière harmonieuse, constructive et respectueuse avec les autres. Cela inclut la communication claire, la gestion des conflits, la coopération, la capacité à inspirer, à collaborer et à cultiver des relations solides et sincères.
Chez Afiyah EQ, nous les considérons comme les fruits de l’arbre de l’intelligence émotionnelle : ce que l’on offre au monde après avoir cultivé nos racines intérieures.

Les compétences sociales sont l’expression extérieure de notre équilibre intérieur. Ce sont les feuilles et fruits mûrs que nous offrons aux autres une fois que nos racines (Connaissance et Conscience de soi), notre tronc (motivation et Régulation Émotionnelle), nos branches (Empathie) sont bien nourris.

Elles représentent la mise en action de tout ce que nous avons cultivé en nous. Elles sont la preuve vivante que l’intelligence émotionnelle ne se pense pas seulement, elle se vit et se transmet.

Les compétences sociales sont l’art de vivre avec les autres. Elles englobent notre capacité à :

  • communiquer avec clarté et bienveillance,
  • inspirer, collaborer, guider, soutenir,
  • gérer les tensions avec intelligence émotionnelle,
  • poser des limites saines tout en restant ouvert à l’autre.

Conseils pratiques et stratégies pour développer les compétences sociales

Les compétences sociales sont les gestes quotidiens qui tissent la paix, la confiance et l’harmonie entre vous et les autres. Elles se développent avec de la présence, de l’écoute, et le choix conscient de nourrir des relations saines.

Mieux communiquer

  • Écouter vraiment : se taire pour entendre, sans couper, sans distraction, sans préparer sa réponse à l’avance.
  • Reformuler pour vérifier sa compréhension : « Tu veux dire que… ? » Cela évite les malentendus.
  • Valider les émotions : « Je comprends que tu te sois senti(e)… »
  • Parler avec des “je” : « Je me suis senti triste… » plutôt que « Tu m’as blessé ».
  • Poser des questions ouvertes : « Comment tu vis ça ? » ou « Qu’est-ce qui te touche le plus dans cette situation ? »
  • Accueillir les silences : parfois, il n’y a rien à dire, juste être là.

Gérer les tensions et les conflits

  • Chercher à comprendre avant d’être compris : mettre son ego de côté pour écouter.
  • Identifier les besoins derrière les émotions : colère, tristesse, frustration sont souvent des appels à être entendu.
  • Faire une pause si les émotions débordent : revenir plus tard avec plus de clarté.
  • S’excuser sincèrement si besoin : pas de justification, juste reconnaître son erreure.
  • Proposer un geste de réparation : une lettre, un moment partagé, un engagement pour l’avenir.
  • Inviter un médiateur bienveillant si le lien est rompu : comme dans les cercles de palabres africains.

Montrer l’exemple : leadership humain

  • Agir avec intégrité émotionnelle : faire ce qu’on dit, dire ce qu’on ressent.
  • Inclure les plus discrets : poser des questions aux personnes qui parlent peu.
  • Célébrer les efforts, pas seulement les résultats : ça renforce la motivation collective.
  • Déléguer avec confiance : valoriser les talents des autres.
  • Donner du feedback bienveillant et précis : dire ce qui a été apprécié + proposer une piste d’amélioration.
  • Prendre soin du lien humain: s’intéresser aux autres, à leur vie, leurs rêves, leurs pensées, leurs préoccupations et en somme leurs bien-être.

Nourrir le lien chaque jour

  • Tenir un carnet relationnel : noter une connexion forte ou un moment à améliorer.
  • Créer des rituels de lien : cercle de parole, repas sans écran, moment de gratitude.
  • Offrir du temps gratuitement : juste pour écouter ou soutenir.
  • Remercier sincèrement : même pour de “petites” choses.
  • Exprimer l’amour relationnellement : présence, attention, écoute, humour, gestes simples.

Compétences sociales et traditions africaines

Le lien, au cœur du vivre-ensemble ancestral

Dans de nombreuses cultures africaines, les compétences sociales ne sont pas des techniques apprises dans des manuels : elles sont vécues, transmises, intégrées dans chaque geste du quotidien. Elles prennent racine dans une vision communautaire de la vie, où l’être humain ne se définit pas seul, mais à travers ses relations.

Les cercles de palabres

Dans beaucoup de villages d’Afrique de l’Ouest et Centrale, les conflits, les décisions importantes ou simplement les grands récits de vie sont abordés en cercle, dans un espace où chacun peut s’exprimer.
Écoute respectueuse, parole équilibrée, temps de réflexion, médiation collective : ces cercles sont une école naturelle du dialogue. On y apprend à parler avec cœur, à écouter sans couper, à chercher la paix plus que la victoire.

Modernisation possible : Créer des cercles de parole mensuels en famille, à l’école ou dans les communautés pour renforcer les liens et désamorcer les tensions de manière ritualisée.

La place du griot ou du sage médiateur

Le griot, dépositaire de la mémoire du groupe, ou le doyen respecté, joue souvent un rôle de médiateur lors des tensions. Il rappelle l’histoire partagée, la dignité de chacun, et recentre la discussion sur le bien commun, évitant l’escalade émotionnelle.

Modernisation possible : Nommer un “gardien du lien” dans les groupes : une personne formée à l’écoute et à la médiation douce, inspirée de cette fonction ancestrale.


L’éducation par le conte et le proverbe

Le conte africain est plus qu’un divertissement : il enseigne la ruse sans trahison, le courage sans violence, la parole juste, la solidarité, souvent par des figures animales ou symboliques. Ces histoires développent l’intelligence sociale, la finesse émotionnelle et la coopération.

Modernisation possible : Utiliser des contes ou proverbes comme points de départ dans des ateliers ou des classes pour initier des discussions sur la communication, la gestion de conflits ou le leadership.


L’art de saluer et de prendre des nouvelles

Dans beaucoup de sociétés africaines, la salutation est un acte complet, parfois long, qui inclut : le nom, l’état de la famille, de la santé, des récoltes, etc. Cela développe la considération mutuelle, l’attention à l’autre et la reconnaissance émotionnelle.

Modernisation possible : Réintroduire des rituels de salutation plus humains dans les espaces de travail ou d’apprentissage, et réapprendre à demander « comment vas-tu ? » avec sincérité.


Les rituels collectifs

Mariages, funérailles, naissances, initiations… Ces événements sont des espaces de lien, de transmission et de réparation. On y apprend à vivre ensemble les émotions fortes, à porter collectivement les joies et les douleurs. On y renforce le tissu social.

Modernisation possible : Créer des moments de célébration ou de transition pour honorer les départs, les changements ou les accomplissements dans les groupes.

La tradition africaine ne sépare pas la réussite individuelle du tissu collectif. Elle nous enseigne que l’intelligence sociale est une responsabilité : celle de préserver les liens, de faciliter la parole, de guérir les blessures du vivre-ensemble.


L’enfant qui n’est pas embrassé par le village le brûlera pour sentir sa chaleur

Le manque de compétences sociales ne s’observe pas seulement à l’échelle individuelle : il a des répercussions profondes sur nos sociétés.
En Guinée et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, il contribue à fragiliser le vivre-ensemble :

  • Conflits communautaires liés à l’incapacité à dialoguer ou à gérer les différends de manière constructive.
  • Tensions intergénérationnelles, nourries par le manque de transmission, d’écoute mutuelle et de reconnaissance des besoins de chacun.
  • Violences dans les écoles et les foyers, souvent provoquées par l’absence de communication émotionnelle saine.
  • Rejet des différences (ethniques, sociales, religieuses, de genre), en grande partie dû à un déficit d’éducation relationnelle dès l’enfance.
  • Intolérance croissante, lorsqu’on ne sait ni exprimer ses blessures ni accueillir celles des autres.

Le tissu social s’effiloche lorsque :

  • Les jeunes ne se sentent pas écoutés.
  • Les anciens ne transmettent plus leur savoir.
  • Les voix féminines sont ignorées.
  • L’on préfère imposer plutôt que comprendre.

Développer les compétences sociales, c’est donc :

  • Guérir les fractures invisibles qui divisent nos communautés.
  • Redonner à chacun sa voix, sa dignité, sa place dans la société.
  • Former une génération capable de dialogue, d’écoute et de coopération.

Cela commence dans les familles, les écoles, et s’amplifie à travers les initiatives communautaires et citoyennes.